La démission du Premier ministre Mari
Alkatiri peut apaiser les esprits à Dili, la
capitale de Timor Leste. Pour combien de
temps ? La crise que traverse ce petit pays
indépendant depuis 2002 est si profonde >>>

 

Timor Leste - Désillusion

 

 

>>> qu’elle risque de ressurgir malgré le départ d’un dirigeant contesté.
Depuis fin avril, une trentaine de personnes a été tuée dans des violences de rue à Dili. Plus de cent mille habitants, soit la moitié de la population de la ville, ont fui. Une force internationale a été déployée pour tenter de ramener le calme dans la capitale, terrain d’affrontements de gangs et de pillards armés de sagaies, de flèches et de machettes.
Mi-mars, Mari Alkatiri a congédié six cents soldats qui se disaient victimes de discrimination. Cette révocation a mis le feu aux poudres. Les mutins se sont retranchés dans des montagnes, réclamant le départ du Premier ministre. La presse internationale a publié de nombreux portraits dépeignant Mari Alkatiri, un économiste à la tête du gouvernement depuis 2001, comme un dirigeant autoritaire. Fin avril, il a imposé le vote à main levé pour se faire réélire à la tête du Freitilin, le parti de l’indépendance, majoritaire. Il est accusé par certains de ses adversaires d’avoir fait tuer des opposants politiques au cours des récents heurts. Une enquête des Nations Unies est en cours.
« Cette crise a cristallisé un mécontentement plus global », analyse Frédéric Durand, auteur de Catholicisme et protestantisme dans l’île de Timor, 1556 – 2003. « Les Timorais ont rêvé d’indépendance et de société de consommation pendant des années. » Sous domination portugaise jusqu’en 1975, ils se sont affranchis de l’influence indonésienne en 1999. Mais aujourd’hui, le pays ne décolle pas. Le chômage frise les 75 % en zone urbaine. Les biens de consommation sont importés. Les prix trop élevés. 80 % des Timorais vivent de l’agriculture de subsistance. Quatre ans après l’indépendance, c’est la désillusion.
« Il manque un véritable projet de société », explique le chercheur. « Les Timorais sont confrontés à un rêve – le développement rapide – qui ne se réalise pas et qui n’est pas réalisable. » Ce jeune pays a besoin d’un leader fort, avec à la bouche un discours d’avenir ambitieux, mais accessible. Le Président Xanana Gusmao, élu en 2002 et fort respecté, a dit qu’il ne se représenterait pas. Les prochaines législatives doivent avoir lieu avant mai 2007.

Jérôme Boruszewski.
Mise en ligne le 28 juin 2006.

 

 

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