| LES
CONSEQUENCES DU PUTSCH
EN THAILANDE
Edito
"Vers
une autonomie des provinces du Sud"
Michel Gilquin, spécialiste du conflit du sud thaïlandais,
explique son optimisme sur les chances de retour à la paix dans
cette région. >>>
Timide,
l'Asean observe
Fidèle à sa tradition de non-intervention,
l'Association des nations du sud-est asiatique aura encore plus de mal
à promouvoir la démocratie en Birmanie. >>>
L'économie
a du répondant Pas de
véritable récession en perspective, même à
moyen terme. >>>
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depuis quinze ans alors que les putschs étaient monnaie courante
auparavant (dix-huit depuis 1932).
Les militaires s’inquiétaient notamment de l’insurrection
dans le sud thaïlandais. Elle a fait 1.700 morts en trois ans.
Ils s’opposaient à la stratégie de force du Premier
ministre Thaksin Shinawatra, ancien policier reconverti dans les affaires
et la politique, légalement élu et largement réélu
en mars 2005. Sa politique n’avait pas permis de mettre fin aux
attentats dans les provinces méridionales. Elle tendait à
aggraver le ressentiment des populations du sud et à diviser
la nation.
Ils redoutaient également que de nouvelles manifestations agitent
Bangkok et qu’elles entraînent de graves violences. En février
2006, des dizaines de milliers de mécontents avaient pacifiquement
protesté contre Thaksin, plongeant le pays dans une grave crise
politique. Ils l’accusaient d’abus de pouvoir.
Les militaires craignaient enfin que le magnat aille jusqu’à
l’affrontement avec les contestataires pour instaurer l’état
d’urgence et étendre ses pouvoirs. Ce serait donc pour
éviter cette confrontation violente et prévenir l’intérêt
de la nation que l’armée a habilement pris les devants
avec le soutien implicite du roi sans tirer un seul coup de feu.
Jusqu’au 19 septembre, les règles démocratiques
n’avaient pas permis de résoudre la crise politique et
d’évincer légalement Thaksin. Des élections
législatives avaient été invalidées en avril
2006, d’autres reportées à novembre. Les deux plus
grands partis de cette jeune démocratie étaient menacés
de dissolution.
D’un grand coup de balai, le 19 septembre a nettoyé cet
imbroglio malsain. A quel prix ? Une constitution provisoire qui
interdit aux partis politiques de mener toute activité. La junte
s’est arrogée le droit de nommer le premier ministre et
les membres de l’assemblée nationale. Elle a promis une
nouvelle constitution et des élections d’ici un an.
La contestation ne semble pas s’organiser, mise à part
quelques manifestations sporadiques d’étudiants dans la
capitale. « Même les activistes pro démocratiques
ont célébré le coup militaire. Ils haïssaient
tellement Thaksin qu’ils ont soutenu le putsch ! »,
s’étonne Dewy Fortuna Anwar, professeur à l’Institut
de recherche scientifique indonésien. Mais voilà, en Thaïlande,
la pratique politique semble autoriser l’emploi de la force lorsque
l’unité de la nation et l’intérêt public
sont menacés. C’était peut-être le cas. La
démocratie n’a pas la même signification ici qu’ailleurs.
En Thaïlande, le vote du peuple n’est pas la seule source
de légitimité. Le roi en est une autre.
Jérôme
Boruszewski
Mise en ligne le 23 octobre 2006
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