La démocratie thaïlandaise

La démocratie peut donner le meilleur comme le pire. C’est par crainte du pire que les militaires thaïlandais auraient décidé de prendre le pouvoir le 19 septembre 2006. Bangkok n’avait pas connu pareil scénario depuis quinze ans alors que les putschs étaient monnaie courante auparavant (dix-huit depuis 1932).
Les militaires s’inquiétaient notamment de l’insurrection dans le sud thaïlandais. Elle a fait 1.700 morts en trois ans. Ils s’opposaient à la stratégie de force du Premier ministre Thaksin Shinawatra, ancien policier reconverti dans les affaires et la politique, légalement élu puis largement réélu en mars 2005. Sa politique n’avait pas permis de mettre fin aux attentats dans les provinces méridionales. Elle tendait à aggraver le ressentiment des populations du sud et à diviser la nation.
Ils redoutaient également que de nouvelles manifestations agitent Bangkok et qu’elles entraînent de graves violences. En février 2006, des dizaines de milliers de mécontents avaient pacifiquement protesté contre Thaksin, plongeant le pays dans une grave crise politique. Ils l’accusaient d’abus de pouvoir.
Les militaires craignaient enfin que le magnat aille jusqu’à l’affrontement avec les contestataires pour instaurer l’état d’urgence et étendre ses pouvoirs. Ce serait donc pour éviter cette confrontation violente et prévenir l’intérêt de la nation que l’armée a habilement pris les devants avec le soutien implicite du roi sans tirer un seul coup de feu.
Jusqu’au 19 septembre, les règles démocratiques n’avaient pas permis de résoudre la crise politique et d’évincer légalement Thaksin. Des élections législatives avaient été invalidées en avril 2006, d’autres reportées à novembre. Les deux plus grands partis de cette jeune démocratie étaient menacés de dissolution.
D’un grand coup de balai, le 19 septembre a nettoyé cet imbroglio malsain. A quel prix ? Une constitution provisoire qui interdit aux partis politiques de mener toute activité. La junte s’est arrogée le droit de nommer le premier ministre et les membres de l’assemblée nationale. Elle a promis une nouvelle constitution et des élections d’ici un an.
La contestation ne semble pas s’organiser, mise à part quelques manifestations sporadiques d’étudiants dans la capitale.  « Même les activistes pro démocratiques ont célébré le coup militaire. Ils haïssaient tellement Thaksin qu’ils ont soutenu le putsch ! », s’étonne Dewy Fortuna Anwar, professeur à l’Institut de recherche scientifique indonésien. Mais voilà, en Thaïlande, la pratique politique semble autoriser l’emploi de la force lorsque l’unité de la nation et l’intérêt public sont menacés. C’était peut-être le cas. La démocratie n’a pas la même signification ici qu’ailleurs. En Thaïlande, le vote du peuple n’est pas la seule source de légitimité. Le roi en est une autre.

Jérôme Boruszewski
Mise en ligne le 23 octobre 2006

 

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Dernière mise à jour : 9 avril 2007


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