| PROCES
KHMER ROUGE CONTROVERSES
Tribunal
khmer rouge. Retards, désaccords
et menaces de démission. >>>
Que
penser des excuses publiques de l'ancien photographe officiel du régime
khmer rouge ?
Ta
Mok, ancien chef militaire khmer rouge, est mort avant d'avoir
pu être interrogé par le tribunal.
Les
carences du tribunal khmer rouge
Il ne jugera
que quelques responsables pour quelques crimes seulement.
Le
gouvernement cambodgien lambine
Il n'a pas intérêt à voir s'ouvrir ce procès.
Un
procès joué d’avance ?
Comprendre
pour pardonner
Interview du
cinéaste Rithy Panh qui plaide pour un travail de pédagogie
afin d'expliquer à la population cambodgienne le but et le fonctionnement
du tribunal.
A
Pailin, l’indifférence et le désintérêt
Le
procès ne passionne pas grand monde dans cet ancien bastion khmer
rouge.
« L’histoire
de la période khmère rouge va disparaître »
Les manuels
scolaires sont de moins en moins fournis sur cette époque.
Traces
psychologiques
Le
traumatisme de la guerre est encore présent. Reportage à
l'hôpital de Pailin où des patients consultent pour des troubles
psychologiques.
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Càphêchôn
: « Que dites-vous aux élèves au sujet de la période
khmère rouge ? »
Koung Chanti :
« On lit la leçon dans le livre. Ensuite, je donne quelques
explications aux élèves. S’ils me posent des questions,
je leur réponds. Sinon, on s’en tient à la lecture
et à quelques explications. Le livre n’évoque pas
les séparations de famille, la peine des gens, le manque de riz,
la perte des proches… etc. C’est pour cela que je donne quelques
explications supplémentaires, pour qu’ils sachent. »
Càphêchôn
: « Est-ce que vous parlez du fait qu'il y a eu plus d’un
million de morts ?
K.C. : « Non, on ne peut pas aller jusque là. Mais
je parle un peu des causes de la guerre. On le fait de façon superficielle,
pas en détails. »
Càphêchôn
: « Pourquoi ? »
K.C. : « Si on va trop loin, je crains que cela puisse
faire mal aux enfants d’anciens hauts dirigeants. »
Càphêchôn
: « Quelles réactions ont-ils lorsque, justement, vous allez
trop loin ? »
K.C. : « L’an dernier, on a
eu un problème avec une élève, la fille de Khieu
Samphan [le chef d’Etat pendant la période khmère
rouge]. On a écrit au tableau les noms des anciens chefs khmers
rouges, Pol Pot, Khieu Samphan, Ieng Sary. Quand elle a entendu le nom
de son père, elle a baissé le visage. J’avais l’impression
que ça la touchait. Elle n’a rien dit. »
Càphêchôn
: « Et comment réagissent les autres élèves
? »
K.C. : « En général, ils ne s’intéressent
pas à cette période de l’histoire. Ils ne cherchent
pas à en savoir plus. Quand on évoque plus précisément
la torture, les élèves se divisent en deux groupes. Ceux
qui viennent de Pailin et qui ont donc connu la ville contrôlée
par les Khmers rouges, ceux de « l’intérieur »
comme ils disent, et ceux qui viennent d’autres provinces, ceux
de « l’extérieur ». Ils se considèrent
en fait les uns les autres comme des étrangers. »
Càphêchôn
: « Est-ce qu’ils savent précisément ce qu’il
s’est passé dans la région de Pailin lorsqu’elle
était contrôlée par les Khmers rouges ? »
K.C. : « Ils n’ont pas connu la guerre et leurs parents
ne leur en parlent pas beaucoup. Les plus grands savent qu’il y
a eu plus d’un million de morts car ils vont à la bibliothèque
et lisent des livres. La première fois que je suis venu enseigner
ici, un élève, fils d’un ancien dirigeant khmer rouge,
nous a raconté qu’il ne savait pas que la guerre avait fait
autant de morts et de souffrances. Quand il était petit, lors des
combats, il ne savait pas que les Khmers rouges avaient fait du mal. Au
contraire, pour lui, quand il y avait des combats armés, il était
mis à l’abri avec sa mère et il avait beaucoup à
manger. »
Càphêchôn
: « Pourquoi n’expliquez-vous pas l’histoire du pays,
froidement, même si les élèves ne veulent pas l’entendre
? »
K.C. : « En tant qu’enseignante d’histoire,
je veux les amener à comprendre le passé. Mais parfois,
quand on parle de tout ça, les élèves ne veulent
pas se rappeler les peines et les souffrances. D’ailleurs, notre
programme scolaire nous demande de nous concentrer sur quelques explications
seulement. »
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Seul
extrait concernant la période khmère rouge dans le manuel
d'histoire utilisé par Koung Chanti avec ses élèves
au collège de Pailin : « En mai 1975, les Khmers rouges
ont libéré le Cambodge, ont établi une nouvelle
Constitution et ont donné au pays le nom de Kampuchea démocratique.
Le gouvernement du Kampuchea démocratique était dirigé
par Pol Pot. D'honnêtes Cambodgiens ont subi la violence jusqu'à
la mort. »
Une photographie de Pol Pot accompagne ce court texte. |
Càphêchôn
: « Est-ce que ce sera plus facile d’enseigner cette période
de l’histoire dans plusieurs années ? »
K.C. : « Non, à l’avenir, ce sera encore plus
difficile d’enseigner cette période en détails. J’ai
l’impression qu’on cherche à cacher ce passé,
pour ne plus s’en rappeler. Auparavant, le programme d’histoire
était plus détaillé sur les Khmers rouges. Mais actuellement,
il ne reste plus que quelques lignes. D’après moi, l’histoire
de cette période va disparaître. »
Càphêchôn
: « Et pourquoi veut-on la faire disparaître des livres d’histoire
? »
K.C. : « Car on ne veut pas se rappeler tous ces malheurs.
Mais c’est de la responsabilité du gouvernement. »
Càphêchôn
: « Vous, personnellement, êtes-vous d’accord avec cette
façon de faire, c’est-à-dire d’enlever au fur
et à mesure des passages de l’histoire des Khmers rouges
? »
K.C. : « Je suis pour. Je veux que notre pays se développe
et cesse de combattre. Dans le passé, on faisait la guerre sans
cesse. On était pauvre, notre pays était en difficulté,
et les enfants cambodgiens étaient de plus en plus difficiles.
Aujourd’hui, les élèves utilisent de moins en moins
les expressions 'gens de l’intérieur' ou 'gens de l’extérieur'.
Quand je suis venue travailler ici la première fois, en 1999, ils
m’ont traitée comme une étrangère. Alors, si
on peut oublier tous ces mauvais souvenirs, ce sera mieux. »
Propos
recueillis par J.Boruszewski en février 2006.
Mise en ligne le 29 mars 2006.
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