Feuilles de chou clandestines, radios libres installées à l’étranger, antennes télé bricolées... une toute petite partie de la presse échappe au contrôle de la junte militaire birmane. Interview de Maung Maung Myint, responsable de la Burma media association.

 

Même en Birmanie,
la presse clandestine existe


OPPOSANTS BIRMANS

Edito

Une toute petite presse clandestine existe
Interview de Maung Maung Myint, responsable de la Burma media association.

"Tourner autour du pot pour parler politique"
Interview de Vincent Brossel, responsable Asie de Reporters sans frontières sur la presse privée, peu développée.

Il déprime en banlieue nord
Portrait de U Hla Aung. Homme politique d'origine rohingya (minorité musulmane), il a fui son pays avant son procès.

Tourner un film sur les opposants birmans
Interview d'Irène Marty qui s'est rendue illégalement en Birmanie. Elle raconte son travail dans la jungle. >>>
Son film met en scène les rebelles et les civils qui fuient les combats dans une zone de guerre frontalière. >>>

Boucherie en terre karen
Les petits généraux de Yadana, un roman qui nous emmène dans une sale guerre aux marges de la Birmanie.

Le gouvernement en exil peu influent
Interview de Sein Win, le Premier ministre en exil.

Les exilés sur la Toile
Certains exilés imaginent pouvoir changer leur pays en tapant sur un clavier d'ordinateur. Interview de Zar Ni, un exilé internaute londonien.

 

CàPhêChôn : Y a-t-il une presse clandestine en Birmanie ?
Maung Maung Myint :
« Oui, mais ce n’est pas une presse à proprement parler à cause de la répression et du renseignement militaire. Ce sont plutôt des petits groupes, qui divulguent des messages politiques ou simplement des messages pour la liberté de la presse. »

CàPhêChôn : Qui écrit et publie ces messages ?
M.M.M. :
« Des écrivains, des poètes, des étudiants, organisés en partis politiques, formés pour les élections de 1990. Mais le gouvernement militaire les a interdits. Donc beaucoup sont entrés en clandestinité. Ils continuent leurs activités dans l’ombre. Ils ont de bons contacts avec les étudiants en dehors du pays, en Thaïlande et même dans les pays occidentaux. »

CàPhêChôn : Concrètement, comment un Birman peut-il trouver un tel journal dans les rues ?
M.M.M. :
« Ces publications existent surtout dans les grandes villes, comme à Rangoon et Mandalay. A Mandalay par exemple, les activistes étudiants sont très lus par les moines. Or les religieux sont écoutés par la population. Ils sont à son contact tous les matins lorsqu’ils demandent de la nourriture dans la rue. De plus, à Mandalay, c’est assez connu, les moines s’intéressent à la politique. Ils veulent plus de libertés parce qu’ils l’ont très dur avec le régime militaire. Les étudiants utilisent les moines pour divulguer leurs messages.
A Rangoon, ce sont les étudiants eux-mêmes, qui les publient et les distribuent dans des cafés par exemple. Ces activités sont risquées. Dans la capitale, on peut aussi trouver ces publications dans de petites librairies. On y trouve d’ailleurs n’importe quoi, de la littérature d’il y a 60 ans, et des journaux clandestins publiés aujourd’hui. Mais il faut avoir des connaissances pour dénicher ces magasins, ce n’est pas facile. »

CàPhêChôn : Que risquent les gens qui écrivent ou lisent ces journaux ?
M.M.M. :
« Ca dépend. Certains en prennent pour sept ans. Et d’autres sont condamnés à 47 ans ou même 52 ans de prison. Ca dépend en fait du genre de journal que l’on distribue et à quel type de groupe on appartient. (...)
Ca dépend aussi du tribunal qui juge. Si on est condamné en prison, - les renseignements militaires ont leurs propres tribunaux - on n’a pas d’avocat, on écoute simplement ce qu’il se dit et la sentence tombe. Si c’est un tribunal civil, la peine est moins lourde. »

CàPhêChôn : Vu le danger, quelles sont les motivations des étudiants et des moines qui travaillent clandestinement ?
M.M.M. :
« Il y a une grande censure en Birmanie. (...) Exemple : il y a deux mois, des journalistes ont soumis leurs articles au bureau de la censure et certains ont été rejetés. Le journal n’a pas publié ces lignes. Mais les journalistes ont oublié d’enlever du sommaire le titre de l’article et le nom de l’auteur. La publication a été interdite pendant trois mois. Pour rien en fait ! La censure est trop sévère. Ca met les gens sur la défensive. Certains y trouvent une motivation à publier de façon clandestine. »

CàPhêChôn : Quels genres de sujets peut-on lire dans ces journaux illégaux ?
M.M.M. :
« Il n’y a pas vraiment d’actualité. Nous avons en fait des stations radiophoniques en birman installées à l’étranger qui traitent de l’événementiel. (...) On trouve majoritairement des poèmes et des informations sur la liberté de la presse, qui sont interdits dans les publications officielles. »
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Propos recueillis par Jérôme Boruszewski en avril 2005.
Mise en ligne le 26.06.05.

 

>>> Pour avoir accès à l'intégralité de l'interview de Maung Maung Myint.


Dans les grandes villes birmanes, quelques moines jouent un rôle important dans la divulgation d'informations libres et indépendantes.

UDAN est un magazine interdit, un exemple des quelques publications distribuées sous le manteau. « Plus difficile à trouver que de l'opium », d'après un opposant exilé. >>>

Information libre, c’est possible
>>> Les Birmans peuvent capter des radios qui émettent depuis l'étranger et des chaînes de télé internationales grâce à des antennes bricolées.



>>> Nombreux articles sur les violations de la liberté de la presse et sur l'actualité des médias en Birmanie.
(Site de la Burma media association)
>>> Site de Radio Free Asia, une radio émettant depuis l'étranger vers la Birmanie. Un des seuls moyens pour les Birmans de s'informer librement.
>>> Site de Voice of America, une autre radio qui émet en Birmanie.

 

 

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