La moitié du budget du Cambodge vient de l’aide internationale. Les pressions étrangères peuvent donc avoir du poids. Malgré cela, le gouvernement cambodgien, récalcitrant à l’idée du tribunal, dispose d’une grande marge de manoeuvre pour le retarder.

 

Le gouvernement lambine

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Le gouvernement cambodgien lambine
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« Les anciens dirigeants khmers rouges, qui sont actuellement au pouvoir, craignent que le tribunal ne s’intéresse à leur passé. Ils ont peur pour leur prestige. » C’est pourquoi le gouvernement cambodgien traîne des pieds, d’après Kong Korm, vice-président du parti d’opposition Sam Rainsy. Il cite notamment Chea Sim, le président du Sénat, Heng Samrim, le premier vice-président de l’Assemblée nationale, ou encore Hun Sen, le Premier ministre, tous d’anciens responsables khmers rouges, qui n’ont pas intérêt à ce que leur passé soit examiné ni même évoqué.
Les faits semblent pour le moins confirmer ce constat de mauvaise volonté. La mise en place du tribunal tarde. « Regardez le Rwanda, l’ex-Yougoslavie, ils ont été beaucoup plus vite. Au Cambodge, ça va faire neuf ans qu’on parle sérieusement d’un tribunal », s’énerve Kek Galabru, présidente de la Licadho, la Ligue cambodgienne pour la promotion et la défense des droits de l’Homme. Les visites officielles, les désaccords avec l’ONU sur l’organisation du procès ou encore l’état du toit de l’Assemblée nationale rongé par les termites sont autant de prétextes utilisés afin de retarder telle ou telle procédure pour préparer la mise en place du tribunal.
De surcroît, le Premier ministre Hun Sen a dans ses mains une carte maîtresse pour contrôler le calendrier. De lui, en partie, dépend le financement du tribunal. Le Cambodge a promis de contribuer à hauteur de 13,3 millions de dollars sur un budget total de 56,3 millions pour trois années de procès. Aujourd’hui, le Cambodge n’a versé qu’un million et demi, et montre ses poches, vides.

 

D’après un responsable d’organisation de défense des droits de l’Homme, qui tient à garder l'anonymat, le gouvernement a volontairement promis beaucoup trop pour ne pas pouvoir remplir son engagement et mettre des grains de sable dans le mécanisme du financement du tribunal. Cet observateur craint même que la présence actuelle à Phnom Penh de Michelle Lee, la représentante des Nations Unies qui s’est installée dans la capitale début février 2006, ne grignote peu à peu le budget du tribunal et que, d’ici plusieurs mois, il n’y ait plus assez d’argent dans les caisses pour assurer trois années de procès.
Beaucoup de partisans du tribunal ont pourtant réclamé son ouverture immédiate, que le budget soit bouclé ou qu’il ne le soit pas. « Il y a suffisamment pour travailler pendant deux ans. Si, au cours du procès, la communauté internationale et les donateurs voient que le tribunal est crédible, je suis presque sûre qu’ils donneraient la somme nécessaire pour la troisième année. On peut commencer aujourd’hui », s’impatiente à nouveau Kek Galabru.
Le gouvernement est obligé de tenir compte des pressions internationales et du quasi consensus pour ce procès – la Chine y est toutefois opposée. Il a ainsi dû faire adopter une loi sur l’établissement des chambres extraordinaires. Il ne pourra pas empêcher le procès. Mais il peut encore lambiner. Or, il y a urgence. Khieu Samphan, président du présidium d’Etat du Cambodge de 1976 à 1979, aurait aujourd’hui 74 ans. Ieng Sary, ministre des Affaires étrangères de 1976 à 1979, a plus de 75 ans. Il a été hospitalisé en février à Bangkok pour des problèmes cardiaques. Nuon Chea, frère numéro deux du régime khmer rouge, aurait plus de 80 ans.

Jérôme Boruszewski. Mise en ligne le 29 mars 2006.

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