Beaucoup d’observateurs et de Cambodgiens ne s’attendent pas à de véritables surprises lors de ce procès. Justice décrédibilisée et résignation, sentiments souvent rencontrés. Pourtant, trois années d’instruction et de procès peuvent donner des surprises.

 

Un procès joué d’avance ?

PROCES
KHMER ROUGE CONTROVERSES

Tribunal khmer rouge. Retards, désaccords et menaces de démission. >>>

Que penser des excuses publiques de l'ancien photographe officiel du régime khmer rouge ?

Ta Mok, ancien chef militaire khmer rouge, est mort avant d'avoir pu être interrogé par le tribunal.

Les carences du tribunal khmer rouge
Il ne jugera que quelques responsables pour quelques crimes seulement.

Le gouvernement cambodgien lambine
Il n'a pas intérêt à voir s'ouvrir ce procès.

Un procès joué d’avance ?

Comprendre pour pardonner
Interview du cinéaste Rithy Panh qui plaide pour un travail de pédagogie afin d'expliquer à la population cambodgienne le but et le fonctionnement du tribunal.

A Pailin, l’indifférence et le désintérêt
Le procès ne passionne pas grand monde dans cet ancien bastion khmer rouge.

« L’histoire de la période khmère rouge va disparaître »
Les manuels scolaires sont de moins en moins fournis sur cette époque.

Traces psychologiques
Le traumatisme de la guerre est encore présent. Reportage à l'hôpital de Pailin où des patients consultent pour des troubles psychologiques.

 

Des accusés déjà connus. Des condamnés déjà désignés. Et même des peines déjà pronostiquées. Le procès semble réglé comme du papier à musique pour beaucoup d’observateurs, journalistes, défenseurs des droits de l’Homme et anciens Khmers rouges. Ils s’attendent à voir une dizaine d’accusés comparaître. Les noms de Khieu Samphan, président du présidium d’Etat du Cambodge de 1976 à 1979, d'Ieng Sary, ministre des Affaires étrangères de 1976 à 1979 et de Nuon Chea, frère numéro deux du régime khmer rouge, sont les plus cités.
« On sait à l’avance ce qu’ils vont dire devant le tribunal », croit savoir Koung Doung, l’ancien responsable de la radio khmère rouge. Cet ancien proche de Pol Pot poursuit, « c’est comme lorsqu’on attrape un voleur, il ne crache pas le morceau. Je ne crois pas qu’ils diront toute la vérité devant ce tribunal. » Il estime que l’instruction et les auditions n’apporteront pas grand-chose. Le travail des juges ne l’intéressera d’ailleurs pas beaucoup. Toutefois, il trouve que le tribunal est une bonne chose. Pour lui, l’important, c’est de voir comparaître quelques anciens responsables khmers rouges usés, pour « servir de modèles aux futurs dirigeants ».
Ce manque d’intérêt et la résignation à l’idée d’un tribunal imparfait (car mixte et non pas purement international), sentiments souvent rencontrés, donnent à beaucoup le pressentiment qu’il n’y aura aucune révélation surprenante, aucune mise en accusation audacieuse, aucun scoop. >>>

 

>>> Peu importe que le procès soit joué d'avance ou pas pour Rithy Panh. Pour ce cinéaste cambodgien qui a travaillé sur la mémoire et le traumatisme khmer rouge, l'important est d'essayer de comprendre, au travers de ce procès, pourquoi et dans quelles circonstances le quart de la population cambodgienne a péri sous le régime khmer rouge.

 

 

>>> Pourtant, dans un travail long de trois années d’instruction, d’auditions, d’examens des nombreuses pièces et de comparutions, difficile de croire que les juges s’en tiendront à effleurer le sujet. Phan Pich est de cet avis, il y croit. Cet ancien officier khmer rouge est bien seul à faire cette analyse. Il commandait le bataillon 416 dans la région de Pailin, au nord-ouest du Cambodge. Il avait trois mille hommes sous ses ordres. « Je veux que le tribunal ait lieu pour que l’on désigne les vrais coupables, qui sont, à mon avis, les grandes puissances. Elles ont détruit le Cambodge. »
Phan Pich est persuadé que le procès condamnera l’ancien roi Norodom Sihanouk. Il l’accuse d’avoir été l’instigateur du mouvement révolutionnaire khmer rouge. « C’est lui qui a réuni toutes les forces du pays pour s’opposer aux Américains. C’est lui qui a obligé Pol Pot à prendre la tête du parti communiste cambodgien. » Analyse encore une fois originale et qui n’est pas largement partagée. « L’ancien roi est hors jeu », coupe Kek Galabru, la présidente de la Licadho, la Ligue cambodgienne pour la promotion et la défense des droits de l’Homme.

Jérôme Boruszewski. Mise en ligne le 29 mars 2006.

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