La discrétion de l’Association des nations du sud-est asiatique au lendemain du putsch en Thaïlande va compliquer son rôle de promotion de la démocratie, notamment en Birmanie.

 

Timide, l'Asean observe

LES CONSEQUENCES DU PUTSCH
EN THAILANDE

Edito

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Timide, l'Asean observe
Fidèle à sa tradition de non-intervention, l'Association des nations du sud-est asiatique aura encore plus de mal à promouvoir la démocratie en Birmanie. >>>

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« Tout brusque changement de gouvernement dans n’importe quel pays de l’Asean n’est pas bon pour l’Asean. » Interrogé peu après le putsch du 19 septembre 2006 en Thaïlande, Ong Keng Yong, le secrétaire général de l’Association des nations du sud-est asiatique, espérait que « la situation [revienne] à la normale dès que possible parce que la stabilité en Thaïlande est très importante pour la stabilité de l’Asean. »
Cette position timide revient à avaliser l’éviction par voie non démocratique du Premier ministre Thaksin Shinawatra alors en place et à accepter les faits déjà accomplis. Elle donne l’impression que l’Association s’inquiète davantage de l’après Thaksin et d’éventuelles protestations de rue que du piétinement manifeste de la démocratie. Prise de cours, l’association n’a pas osé ou n’a pas voulu condamner publiquement la descente des chars dans les rues de Bangkok dans la nuit du 19 septembre. Son secrétaire général n’a formulé que des regrets et des espoirs. Il s’est placé en observateur. Il n’a pas réagi plus vigoureusement, le changement de pouvoir n’ayant entraîné aucune violence dans le pays. Les militaires n’ont pas tiré un seul coup de feu. Les apparences sont sauves même si la manière n’est pas belle et que la démocratie ne sera pas de retour avant un an.
« Dans les circonstances présentes, c’était ce que l’Asean pouvait faire de mieux », estime Mely Caballero Anthony, spécialiste de la région auprès de l'Institut de défense et d'études stratégiques de Singapour. « Aucun leader de l’Asean ne s’est exprimé pour accueillir la nomination du général Surayud au poste de Premier ministre. » Ce silence vaudrait donc désaveu. « Beaucoup de leaders de l’Association, comme les dirigeants de Malaisie, de Singapour et des Philippines ont réclamé un retour rapide à la démocratie. On peut considérer ces réactions comme une objection de l’Asean », poursuit-elle.
L’un des objectifs de l’association asiatique est de promouvoir la paix et la stabilité de la région. « L’Asean ne rompt pas avec sa longue tradition de non-intervention dans les affaires intérieures », analyse Dewi Fortuna Anwar, spécialiste indonésienne de l’Asean.

 

l« L’association a été très réticente à l’idée de critiquer un de ses plus anciens membres. Une fois, elle a bien essayé de formuler des remontrances à l’égard de la Thaïlande au sujet des violences dans le sud du pays. Les autorités du royaume avaient alors été très en colère. »
Impuissante. Mais comment encourager la démocratie sans affirmer clairement ses principes et condamner sans détour les auteurs de tels accrocs ? L’Asean paraît empêtrée dans sa stratégie de non-intervention qui va manifestement à l’encontre des valeurs qu’elle veut défendre.
D’ailleurs, son poids en termes de promotion des valeurs démocratiques va peut-être en prendre un coup. « L’association ne sera pas capable d’obliger la Birmanie à s’engager en faveur de la démocratie puisqu’elle est elle-même impuissante dans ses critiques à l’égard de la politique thaïlandaise. C’est un sérieux pas en arrière pour l’Asean. Je ne crois pas le gouvernement thaïlandais nommé par la junte tente de promouvoir la démocratie chez son voisin birman », explique Dewi Fortuna Anwar. L’occasion aurait pourtant pu se présenter. La Thaïlande aurait pu conjuguer ses efforts à ceux du conseil de sécurité des Nations Unies qui, le 15 septembre dernier, a inscrit à son agenda permanent la question birmane. Le conseil en débattra régulièrement.
S’il égratigne au passage l’Asean, le coup d’Etat du 19 septembre n’apparaît pas en mesure de déstabiliser les jeunes démocraties qui entourent la Thaïlande. L’Indonésie a fait part de sa « préoccupation » au lendemain du putsch. Les Philippines ont aussi manifesté leur inquiétude par la voix de la présidente Gloria Arroyo qui se dit régulièrement victime de tentatives de déstabilisation. Mais la politique philippine dépend plus de facteurs locaux qu’internationaux. D’après de nombreux experts, il y a donc peu de chance de contagion dans ces deux pays qui ont eu maintes fois recours aux putschs pour réguler leurs conflits de pouvoir.

 

Jérôme Boruszewski
Mise en ligne le 23 octobre 2006

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