Le coup d’Etat du 19 septembre 2006 n’a pas beaucoup affecté l’économie thaïlandaise. Pour l’instant, Ammar Siamwalla, économiste à l’Institut de recherche sur le développement en Thaïlande, ne voit pas de signes de récession, même à moyen terme.

 

L'économie a du répondant

LES CONSEQUENCES DU PUTSCH
EN THAILANDE

Edito

"Vers une autonomie des provinces du Sud"
Michel Gilquin, spécialiste du conflit du sud thaïlandais, explique son optimisme sur les chances de retour à la paix dans cette région. >>>

Timide, l'Asean observe
Fidèle à sa tradition de non-intervention, l'Association des nations du sud-est asiatique aura encore plus de mal à promouvoir la démocratie en Birmanie. >>>

L'économie a du répondant Pas de véritable récession en perspective, même à moyen terme. >>>

 

Dans un premier temps, le baht a fléchi. Mais il ne s’est pas effondré et n’a pas entraîné de crise financière en Asie du Sud-Est comme ce fut le cas en 1997. Le lendemain du putsch, le Fonds monétaire international calmait le jeu sur les conséquences économiques du coup d’Etat. De son côté, le directeur de la banque centrale du royaume indiquait qu’il « ne devrait pas y avoir de répercussions sur les investissements. » Trois jours après que les militaires ont pris le pouvoir, soit le 22 septembre, la bourse thaïlandaise atteignait son plus bas niveau depuis les deux derniers mois. Mais la majorité des acteurs économiques se voulaient rassurants sur les perspectives économiques à court terme. D’abord puisque le coup d’Etat n’a pas entraîné de violences. Ensuite car l’économie thaïlandaise qui repose surtout sur ses exportations dépend avant tout de la croissance économique mondiale. Le PIB devrait croître de 4% en 2006. A l’étranger, même optimisme. Henry Paulson, secrétaire d’Etat américain au Trésor, a rapidement minimisé l’impact du coup d’Etat sur les marchés financiers.
Signaux contradictoires
Cependant, quelques inquiétudes sont apparues lors des premières déclarations du Premier ministre Surayud Chulanont, ancien militaire, désigné à ce poste le 1er octobre par la junte militaire. « J’adhérerai à l’économie d’autosuffisance  », avait-il indiqué, en référence à ce que le roi avait préconisé au lendemain de la crise économique de 1997. Cette stratégie, aux antipodes de la politique du Premier ministre « au chômage » Thaksin, a été bien accueillie par les milieux d’affaires thaïlandais. « Après des mois de remous politiques, nous voyons Surayud comme quelqu’un de capable d’unir la Thaïlande. Il est intègre et transparent et nous espérons que sa nomination dynamisera la confiance des investisseurs », déclarait le président de la fédération des industries thaïlandaises.

 

 

 

En revanche, l’orientation économique de Surayud a suscité un certain embarras chez les investisseurs étrangers. Certains craignaient que la croissance ne faiblisse à moyen terme. Du coup, Pridiyathorn Devakula, ministre des Finances, s’est employé à rassurer. Son gouvernement soutiendra les mégaprojets économiques planifiés par Thaksin. Par exemple, les 3,8 milliards de dollars d’investissement dans le réseau ferroviaire de Bangkok seront maintenus.
Confiance durable
« La bonne santé de l’économie thaïlandaise est le résultat de la présence des multinationales sur le territoire du royaume », analyse Ammar Siamwalla, économiste à l’Institut de recherche sur le développement en Thaïlande. « Tant que ces firmes ont confiance en la Thaïlande – et elles connaissent le pays suffisamment bien pour ne pas trop s’inquiéter du coup d’Etat – elles devraient continuer à contribuer à la croissance des exportations thaïlandaises. » Toutefois, il craint que le putsch donne une image négative du pays aux multinationales qui ne sont pas encore installées en Thaïlande. « Le coup va renforcer leurs inquiétudes. Et elles seront séduites par les marchés chinois et indien. »
L’économiste ne prévoit pas de soubresauts majeurs de l’économie thaïlandaise, même à plus long terme. Il indique même que le départ de Thaksin sera salutaire. Ses politiques de relance par les dépenses publiques n’étaient plus adaptées à l’économie d’une nation qui a su se relever suite à la récession de la fin des années 1990, d’après le spécialiste. « Le pays a plus besoin d’une politique qui soutient l’offre plutôt que de mesures au secours de la demande. Les efforts doivent se concentrer sur l’éducation, la formation et les gains de productivité. Thaksin avait peu d’intérêt pour cela. »

Jérôme Boruszewski
Mise en ligne le 23 octobre 2006

s

 

Pour être prévenu des mises à jour, votre mail, puis entrée

 

CàPhêChôn

Archives

Liens